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Secondes Assises de l’Apprentissage 2025

Réguler par la qualité : les nouveaux défis de l’apprentissage

Au fil des dernières années, l’apprentissage a profondément reconfiguré son paysage. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au 31 décembre 2023, les Centres de formation d’apprentis (CFA) accueillaient 1 021 453 apprentis, soit une progression de 7,1 % – certes moins spectaculaire qu’en 2022 (+14,2 %), mais révélatrice d’une dynamique toujours solide.

Dans les entreprises artisanales, 203 570 apprentis ont été formés en 2023 (+5 %). La croissance est particulièrement notable dans l’artisanat des services (+9 %) et celui de la fabrication (+8 %), tandis que le secteur de l’alimentation connaît un léger recul (-3 %), malgré sa position historique de grand formateur d’apprentis. Toutes les régions de métropole participent à cette évolution, qui fait désormais entrer l’apprentissage dans une nouvelle phase.

Depuis 2018-2019, 61 % des apprentis préparent un diplôme de niveau 3, mais la part des formations post-bac a fortement progressé : 18 % des apprentis suivent désormais un cursus d’enseignement supérieur, un taux qui atteint 57 % dans l’artisanat de fabrication.

Avant la loi de 2018, le secteur comptait 954 CFA en activité ; il en existe aujourd’hui 3 945 certifiés QUALIOPI, témoignant de l’ampleur de la libéralisation engagée.

Cette expansion, soutenue par des financements massifs, a indéniablement permis de renforcer l’attractivité de l’apprentissage. Mais elle s’est accompagnée d’effets indésirables : malgré la certification QUALIOPI, des fraudes et des abus ont été signalés, au point que certains observateurs, comme JP Willems, rappellent que « tous les escrocs sont certifiés QUALIOPI ».

La certification QUALIOPI, obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour tous les prestataires concourant au développement des compétences, atteste du respect d’un référentiel qualité permettant d’accéder aux financements publics et mutualisés.

Un impératif : garantir la soutenabilité du financement

Pour préserver un modèle de financement viable, deux priorités se dessinent : renforcer la qualité des formations et lutter efficacement contre la fraude.

La qualité de l’apprentissage s’évalue déjà à travers un ensemble d’outils et d’indicateurs :

  • les taux d’insertion professionnelle ;
  • les résultats aux examens (CAP, bac pro, BTS) ;
  • le taux de rupture des contrats d’apprentissage ;
  • la certification QUALIOPI, assortie d’audits ;
  • les contrôles pédagogiques, pour s’assurer de l’adaptation des parcours et de la réalité des activités en entreprise ;
  • les enquêtes de satisfaction auprès des apprentis et des entreprises ;
  • l’évaluation globale des CFA, incluant leurs pratiques pédagogiques, leurs investissements et leurs résultats.

Ces dispositifs dessinent un premier socle. Mais suffit-il ? Faut-il les étendre, les approfondir ? Plusieurs pistes émergent.

Vers un renforcement de la qualité : pistes et propositions

1. Consolider les dispositifs pédagogiques

Une formation en alternance exige une organisation fine, une coordination réelle entre le CFA et l’entreprise, et une véritable responsabilité partagée. L’objectif est clair : permettre à l’apprenti d’acquérir les compétences nécessaires pour exercer son métier et devenir pleinement employable.

L’innovation pédagogique, notamment via l’AFEST (Action de Formation en Situation de Travail), constitue l’une des voies les plus prometteuses.

 

2. Développer des espaces de réflexivité

La construction de ponts entre théorie et pratique est devenue essentielle. Des espaces intermédiaires doivent aider les apprentis à analyser leurs expériences et à comprendre les situations de travail. L’apprentissage gagne à devenir un temps de prise de recul autant que d’acquisition technique.

3. Renforcer la médiation et l’accompagnement

Une relation pédagogique apaisée et structurée est un facteur de réussite :

  • recours accru à la médiation pour fluidifier les relations apprenant/formateur,
  • création de chartes qualité engageant les acteurs,
  • accompagnement renforcé des jeunes issus de quartiers prioritaires,
  • dispositifs de lutte contre les ruptures de contrat, afin de maintenir chaque jeune sur la voie de l’insertion professionnelle et sociale.

4. Adapter et sécuriser le financement

Le financement devrait être orienté selon les besoins du marché du travail. La lisibilité du système est également en jeu :

« Le NPEC est là pour soutenir la formation de l’apprenti, et non pour aider l’OFA à faire du bénéfice. »

La lutte contre les dérives reste un axe central :

« L’apprenti n’est pas la poule aux œufs d’or. »

5. Valoriser les comportements vertueux

Les CFA et entreprises exemplaires doivent être encouragés :

  • conditionnement des aides aux entreprises à la qualité de leur accompagnement,
  • formation renforcée des tuteurs et maîtres d’apprentissage,
  • création d’environnements favorables au tutorat en entreprise.

6. Affiner les indicateurs et l’évaluation

Il s’agirait d’intégrer des indicateurs spécifiquement dédiés à l’apprentissage dans QUALIOPI, et de renforcer les audits, idéalement en confiant chaque évaluation à un seul auditeur, pour plus de cohérence.

Une ambition commune

Toutes ces propositions convergent vers un objectif partagé : garantir un apprentissage de qualité, aligné sur les besoins réels des apprentis, des entreprises et du marché du travail. Plus encore, elles visent à consolider un modèle où la performance économique s’accorde avec l’exigence pédagogique, où le développement quantitatif s’appuie sur une régulation qualitative, et où chaque jeune trouve sa place, durablement, dans le tissu professionnel et social.